Maléfique

Maléfique

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Désormais, le prince charmant ne sauve plus.
Pourquoi ce film, qui n’est jamais qu’une légende revisitée, dérange tant ?  Le conte, recentré sur le personnage de ‘’la méchante fée’’  éclaire la genèse du maléfice de « La belle au bois dormant ». Dissertation sur ‘’l’amour sincère’’, le film questionne sur son existence entre hommes et femmes. Peut-il être dans l’ opposition intemporelle nature culture.
La Nature est ici bonne fantaisiste et généreuse. La Culture, celle du pouvoir du Père, est destructrice, matérialiste, conquérante et intrusive. Deux mondes s’opposent.  L’héroïne est forte, on la voit dès son enfance dotée de cornes, d’ailes et de pouvoirs magiques . Elle en use avec innocence dans un univers où l’intérêt personnel n’existe pas. Le prénom Maléfique est hors de propos. Il sonne comme une provocation, dans cette bienveillance bleutée qui évoque le monde d’ ‘’Avatar’’.
Ses cornes, symbole d’une puissance connectée avec le cosmos,   l’affilient aux images de créatures légendaires puissantes et craintes, supposées accomplir de sombres desseins. Elle communique avec l’ invisible. Elle veille à l’ordre des choses, du vivant, statufiée telle une gargouille de Notre Dame, entre ange maléfique et démon bénéfique. Son erreur sera d’avoir un instant d’égarement, d’amour qu’elle a cru vrai, auprès d’ un simple mortel. Assujetti au fascinant intérêt du pouvoir, il saura feindre l’amour pour amputer cruellement la fée de ses ailes, ce trophée lui assurant le trône.
Elle ne deviendra maléfique littéralement, commettant le mal, qu’après avoir été abusée dans son amour. La voracité de l’homme, sa prédation, la façonneront en guerrière et armeront ses prières. In fine, elle effraie, dérange, mais ne commet pas le mal réel. A l’image de la sorcière, ou de la femme dominatrice, ou de toute figure fémininne-phallique, elle est désignée en victime expiatoire par le monde des hommes. Ce roi fantoche n’a qu’une obsession : la tuer. Comme tous les hommes coupables, il n’en est que plus dangereux.
Maléfique renaît dans la douleur, se fabrique un bâton-orbe phallique, devient terrestre par force, et poursuit son implacable vengeance. Un grain de sable va en gripper le processus, c’est l’attachement. Le lien sincère qui va se forger entre Aurore, victime du maléfice, et cette redoutable ‘’marraine’’, rétablira l’ordre primitif et primordial des choses .
Même si Aurore se pique à l’âge de seize ans et tombe dans un sommeil éternel, dont ‘’seul un baiser d’amour sincère saura la délivrer’’, sa désormais protectrice va toute faire pour qu’un joli prince vienne déposer un baiser sur la bouche d’Aurore endormie.
Hélas, malgré tous les efforts déployés, le jeune prince aux dents blanches s’avère impuissant à réveiller Aurore ; du reste il se fait virer sans ménagement de la chambre par les fées nourrices.
C’est la force féminine et les mots simples, profonds de l’attachement ’’ maternel’’ , qui vont rendre la princesse à la vie. Le baiser d’amour sincère sera chaste, celui que marraine Maléfice donnera sur le front d’ Aurore.
Maléfice est loin du stéréotype de la vilaine sorcière dont la jouissance serait dans le mal. La sorcière, tout comme la femme dominatrice, est stigmatisée pour sa non-conformité religieuse et sociale, et pour ses liens avec d’autres réalités.

Maléfice est en de nombreux points semblable à la Maitresse dominatrice. Auréolée d’étrangeté, sexuellement inaccessible, phallique, l’ allure sombre, son regard mystique aux lueurs changeantes, son appartenance à deux mondes, charnels et spirituels,  la communion dans le culte de Gaia, les forces vitales à l’origine de tout, la caractérisent.
C’est donc une femme à l’allure effrayante qui reconstruit Aurore. Tout comme la dominatrice participe à la reconstruction de ces hommes incarcérés dans leur virilité imposée par la société, elle les faire renaitre, après un passage sous forme de mecs nanas ou de pantins crucifiés.
Le mythe du prince charmant est mis à mal. Instrumentalisé par les fées, il n’est qu’un objet. Il ne sauve personne, sa force vitale est insuffisante, il n’est pas capable ‘’d’un amour sincère’’, il se fait molester car il a déçu. Ce n’est certes pas celui-ci que chaque jeune fille espérera en secret afin de s’accomplir.

Le freluquet va tout de même être accepté dans ce matriarcat, personne n’ayant les clés de la parthénogénèse et il faut sauver la morale hétérosexuelle à Hollywood.

Mais résonne alors Aragon : « la femme est l’avenir de l’homme ».

3 Commentaires

  1. Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo ! Virginie Brossard LETUDIANT.FR

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  2. Merci Virginie, je suis très touchée. Des que je peux j’accélère les publications bonne vacances

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  3. Un très bon article et très intéressant, vraiment bien je ne vais pas hésiter à le recommander. Bonne continuation, Rudy.

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