Livres et publications : extraits

Françoise Maîtresse

est un ouvrage publié chez Gallimard dans collection Digraphe dirigée par Jean Ristat

Préface signée Pierre Bourgeade :
J’ai lu ce texte comme on lit une « éducation sentimentale ». L’histoire est celle d’une fillette, devenue jeune fille, et femme, qui avance à la découverte de soi. Les instruments de cette découverte sont sa famille, puis des hommes, un mari, puis des hommes encore […]

À certain point d’un parcours à bien des égards original, elle éprouva le besoin de se faire enseigner la philosophie. On trouvera, non sans surprise, peut-être, dans un texte écrit sur le ton du témoignage, de nombreuses références à Gilles Deleuze. Le philosophe connaît l’aventure d’Annick Foucault. Il marque à cette inattendue disciple amitié et considération.

Un homme de haute pensée porte ainsi attention à une expérience dont la relation, dans sa simplicité, pourrait inciter à l’indifférence ceux qui, nombreux, tendent à ne prendre en compte l’écrit qu’à travers les espaces vertigineux de supposés abîmes littéraires. Or, rien de tel, ici. L’abîme n’est pas littéraire, il est, modestement, humain. Annick Foucault l’explore, et l’expose, en guide familier, qui n’aurait pas besoin de forcer la voix pour intéresser…

« À TOI FRANÇOISE,
Egèrie des soumis,
Hétaïre du tout cuir,
Déité du martinet,
Pythie de la sodomie,
Impératrice des mille supplices,
Altesse des mâles en laisse,
Vestale du culte anal,
Soleil des suce-orteils,
Divinité du godemiché,
Madone du speculum,
Vénus des jeux d’anus,
Despote des sans-culotte,
Tsarine du sling,
Virago des masos,
Messaline des jeux d’urine,
Dèmone du pince-tétons,
Souveraine de l’obscène,
Dévote de la capote,
Soprano des jeux d’eau,
Agrippine de la badine,

À toi Françoise, Qui bientôt sera mienne, Et sitôt sera chienne ! »
L’animal voulait FRANÇOISE et MARIANNE…

Le théâtral masochiste me fascine. Je suis une théâtreuse qui a loupé la marche. J’aime parler à mes esclaves de notre fascination, de notre sexualité bizarre, de nos vies de baladins pervers. Tous les jours, je monte sur les planches. Quelles que soient mes misères de clown, le spectacle doit continuer. Lorsque le rideau se lève, je retrouve avec eux les images fortes de notre enfance. Je les écoute se raconter avec émotion. Je reconstruis ces châteaux hantés. Je punis pour les fautes qu’ils pensent avoir commises ou les fautes qu’ils pensent commettre dans le futur, je fais d’eux des hommes morts pour qu’ils renaissent en mon pouvoir. Ensemble, nous cherchons la doctoresse sévère. Je les attache, comme lorsqu’ils jouaient aux Indiens. J’enfile mon short et mes bottes de cuir verni. Je prends mon long fouet. Il claque sur leur dos, comme sur celui des galériens dans L’Aigle des mers1. J’écoute leurs émotions. Je calme leurs douleurs : celles que je viens de provoquer, et celles de leurs vies. Confesseuse de l’inavoué et du péché qu’ils commettront, institutrice sévère, sexe d’amazone, je suis celle qui leur permet de devenir des hommes.

  1. Film de Michael Curtiz, avec Errol Flynn, 1940.

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